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Exercices d’échauffement pour l’escalade : les conseils de Silvio Reffo


Athlète de l’équipe La Sportiva et physiothérapeute de profession, Silvio Reffo nous livre ses astuces et secrets pour affronter au mieux une session d’entraînement pour l’escalade sportive et éviter les blessures liées à cette pratique.

L’évolution de l’espèce nous a amené nous, les humains, à abandonner les arbres pour adopter une position verticale ; par conséquent, les membres supérieurs, auparavant bien préparés pour nous suspendre, ont assumé un rôle essentiel et majeur dans l’habileté des fonctions de la vie quotidienne. Escalader, c’est un peu comme si nous redevenions des singes, sans avoir toutefois une structure des membres supérieurs suffisamment forte pour grimper. Ainsi, nous surviennent ces questions : comment une personne qui débute dans ce sport doit-elle s’y prendre ? Que faut-il éviter et sur quoi faut-il, au contraire, se concentrer ?

Adopter une stratégie de charge progressive

Tout d’abord, nous devons essayer autant que possible d’inverser le cours de l’évolution et de réadapter notre corps à ces gestes verticaux. La charge progressive semble être la clé pour augmenter la capacité du corps à absorber le stress mécanique. Si l’on évalue le temps d’adaptation des différentes structures de notre corps, nous devons considérer que le muscle a besoin d’environ trois semaines pour s’adapter à la charge, contre trois à six mois pour les tendons et les ligaments. Une augmentation soudaine de la charge peut provoquer une réaction inflammatoire aiguë des structures impliquées.

Le repos est important pour éviter les blessures

Le repos est un autre facteur important lié aux blessures. Un repos suffisant, après chaque phase de charge, permet au tissu de ne pas faire un effort excessif. Donc, oui, s’entraîner est très important, mais grimper et s’entraîner reposé l’est encore plus ! Cela peut sembler banal, mais l’échauffement avant l’activité est une excellente façon de préparer le corps au stress. Un peu d’échauffement général et quelques exercices avec des bandes élastiques pour les épaules et les doigts avant de s’attaquer avec énergie aux prises doivent faire partie de la routine d’entraînement du grimpeur. 

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Exercices d’étirement : avant ou après l’escalade ?

L’étirement musculaire est crucial pour éviter un raccourcissement excessif des muscles agonistes et d’autres problèmes, mais contrairement aux idées reçues, il doit être effectué après l’activité sportive. Si on souhaite intégrer cette pratique avant de grimper, il est préférable d’opter pour un étirement dynamique plutôt que pour un étirement statique classique. Par étirement dynamique, on entend une position d’étirement obtenue par des mouvements oscillatoires et maintenue pendant quelques secondes avant de revenir à une position normale de raccourcissement musculaire, le tout répété 15-20 fois. Cette exécution ne modifie pas la capacité contractile du muscle, mais le prépare à s’allonger et se raccourcir en évitant ainsi la possibilité de l’étirer de manière excessive.

S’échauffer avant de commencer à grimper

Un autre résultat négatif de la répétition du geste est l’hypertrophie, c’est à dire l’augmentation des muscles fléchisseurs aux dépens des muscles antagonistes. Un programme de renforcement des antagonistes, au moins une fois par semaine, est donc fondamental pour prévenir les déséquilibres musculaires. Les muscles antagonistes doivent être renforcés, en particulier, la coiffe des rotateurs, les stabilisateurs de l’omoplate, les triceps et les extenseurs du rachis. Ce ne sont pas des exercices conçus pour prévenir les blessures, mais un bon « fitness général » peut améliorer considérablement les performances, également sur le plan fonctionnel.

Temps consacré à l’échauffement et principales étapes 

Le temps consacré à l’échauffement ne doit jamais être inférieur à 30 minutes. On peut diviser ce temps, pour des raisons pratiques, en trois phases principales :

1) PHASE D’ÉCHAUFFEMENT GÉNÉRAL (entre 5 et 10 minutes)

Pendant cette première phase, qui durera entre 5 et 10 minutes, on essaiera d’augmenter la température du corps ainsi que la fréquence cardiaque et respiratoire, tous ces paramètres qui améliorent l’activation, la circulation sanguine et la fonction musculaire. Pour cela, les activités suivantes sont très utiles : jogging, vélo, corde à sauter, sauts et cercles avec les bras sur place ou tout simplement la marche de 10-15 minutes sur le chemin pour atteindre la falaise.

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2) PHASE D’ÉCHAUFFEMENT NON SPÉCIFIQUE

Dans cette étape, il est bon d’utiliser une bande élastique ou des poids pour effectuer des exercices pour les muscles antagonistes et tous les muscles mis à l’épreuve durant l’escalade.

Exercices d’escalade pour les épaules

La principale caractéristique de cette articulation est sans aucun doute la mobilité. En effet, elle représente le segment ayant la plus grande possibilité de mouvement de tout le corps. En escalade, il est particulièrement très important de bien échauffer et pré-activer les muscles de la coiffe des rotateurs (les stabilisateurs les plus importants de l’épaule) et les muscles scapulo-thoraciques afin de rétablir la longueur adéquate des fascias et muscles agonistes-antagonistes.

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Exercices avec bande élastique pour l’échauffement des muscles scapulo-thoraciques

Exercices d’escalade pour les poignets

Une bonne stabilisation du poignet permet une meilleure fixation des doigts en phase de préhension et aide aussi à prévenir l’inflammation du coude. C’est pourquoi il est bon d’exécuter des mouvements simples de flexion-extension avec résistance. Pour l’escalade, il est particulièrement conseillé de varier autant que possible le type de prises utilisées et de ne pas se focaliser sur l’utilisation de matériel d’entraînement trop spécifique comme la poutre et le pan Güllich ainsi que de faire un échauffement progressif en utilisant d’abord les grandes prises pour ensuite passer graduellement à de plus petites prises.

Exercices d’escalade pour les doigts (10 minutes)

Un bon échauffement pour les doigts peut être réalisé avec des balles ou un ressort, de façon à pouvoir tour à tour contracter et relâcher les fléchisseurs des doigts. Cette étape peut durer 10 minutes.

Est-il important d’utiliser le strap pour les doigts ?

Et le strap pour les doigts ? La recherche scientifique a démontré l’inutilité de cet accessoire dans la prévention des blessures, par conséquent, son utilisation doit être aussi pragmatique que possible. Les doigts, comme toutes les structures anatomiques, doivent être sollicités avec une charge et une fréquence adaptées, tandis que le strap utilisé de manière systématique ne fait que « limiter » l’entraînement. Il est donc judicieux de l’utiliser pour soutenir un doigt, par exemple lorsque vous êtes fatigué et que vous voulez faire la dernière tentative de la journée, ou pour couvrir les coupures et les blessures douloureuses lorsque vous grimpez. Le strap est fondamental après une blessure pour soutenir le doigt et augmenter progressivement la charge.

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3) PHASE D’ÉCHAUFFEMENT SPÉCIFIQUE

Il s’agit maintenant de commencer à grimper à faible intensité, d’abord sur des prises « généreuses », puis en diminuant progressivement leur taille. Si nous sommes en falaise ou à l’extérieur, une petite poutre transportable peut s’avérer très utile, car vous pourrez bien vous échauffer les doigts avant de vous lancer dans des voies plus difficiles. Évidemment, lorsque l’on commence à grimper, il convient d’être progressif, également en matière de difficulté. Si les étapes ci-dessus sont communes à tout type d’escalade, cette dernière étape varie considérablement selon la discipline envisagée.

L’échauffement est-il différent selon le type d’escalade envisagé ? 

Si l’on s’échauffe pour essayer un projet en falaise, il est bon de grimper d’abord sur des voies d’intensité moyenne, mais avec des mouvements et des inclinations similaires, pour être au top au moment de la tentative. 

Si, au contraire, on s’échauffe pour des activités de bloc, qui exigent beaucoup plus d’intensité sur une période très courte, il vaut mieux effectuer des passages de force et explosifs pour préparer rapidement le muscle à ces exigences fonctionnelles caractéristiques de cette activité.

Pourquoi ne faut-il pas insister sur la même prise

Il faut savoir que, pour éviter la surcharge, il est conseillé de changer souvent de style d’escalade en essayant de ne pas se concentrer exclusivement sur un seul type de préhension. En effet, involontairement, nous avons tendance à nous concentrer sur le type d’escalade qui nous réussit le mieux, pour certains sur les réglettes, pour d’autres sur les bacs et d’autres encore sur les aplats. Toutefois, escalader intensément sur la même préhension augmente la sollicitation mécanique des mêmes structures, multipliant ainsi la probabilité de se blesser.

Bien s’étirer après l’escalade

À la fin de la session d’entraînement, lorsque le muscle est dans un état de raccourcissement à cause du travail de contraction effectué, il est nécessaire de faire un étirement classique en maintenant la position pendant 1-2 minutes afin de ramener le muscle à la bonne longueur. Pas besoin de passer des heures à s’étirer, mais ces 15-20 minutes après la session peuvent suffire pour « entraîner » le corps différemment de ce que nous pensons. À ne pas oublier non plus : les exercices d’étirement spécifique pour les extenseurs et les fléchisseurs du poignet et des doigts, pour rétablir les unités contractiles à une longueur et une flexibilité adaptées.

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Étirement spécifique pour fléchisseurs et extenseurs du poignet

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Étirement classique

N’oubliez pas que le choix des chaussures adaptées à votre niveau d’escalade fait aussi partie des secrets pour atteindre les objectifs. Lisez ici comment choisir celles qui vous conviennent le mieux.

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